Chapitre 4
Réflexions préliminaires sur le trading
Chaque investisseur doit être capable de mesurer sa
résistance à la perte. Cette
résistance doit
être proportionnelle à son horizon
d'investissement
lié au potentiel de gain induit par le choix des produits
dans
lesquels il investit.
L'important n'est pas d'avoir souvent raison sur les marchés
en
affichant un taux de réussite très
élevé,
mais il est en revanche impératif de gagner en moyenne plus
que
l'on ne perd…
Par exemple, si je gagne quatre fois sur dix mais que chaque fois que
je gagne, je touche deux fois plus que ce que je perds, alors un simple
calcul renforce la justesse de mes choix : (4 * 2) - (6*1) = 2. Je suis
donc gagnant avec un taux de réussite de 40%.
Notion de tendance
Rappelons les deux techniques majeures d'investissement :
- La première : l'investisseur
décèle une tendance. Il entre en cours de
mouvement et
l'accompagne le plus longtemps possible.
- La deuxième : la tendance
étant
détectée, l'investisseur se place à
contre-tendance, le plus proche possible de ce qu'il pense
être
un retournement.
Habituellement, les investisseurs sont adeptes soit de la
première, soit de la deuxième approche.
Quand on se positionne à contre-tendance, il est toujours
plus
facile de " ramasser du volume " plutôt que dans
les
périodes d'accélération de la tendance.
En ce qui me concerne, je dois avouer que je suis " contrarien " et
donc plus proche de la contre-tendance. Toutefois, je le suis
uniquement parce que je dispose d'une méthode d'anticipation
des
supports et des résistances qui atteint un haut niveau de
précision, me protégeant ainsi de certains
écueils
de la contre-tendance.
D'une manière générale cependant, mon
point de vue
est plus ambivalent : il y a des marchés où des
titres
sont propices à la contre-tendance et d'autres qui au
contraire,
sont favorables au suivi de tendance. Au fil des chapitres, les deux
approches seront abordées.
En matière de risque, le contrarien rentre dans le sens
inverse
d'une tendance déjà établie. Il existe
alors une
probabilité élevée pour que la majeure
partie du
mouvement soit déjà
réalisée. Ainsi,
même s'il a tort au cours des quelques jours qui suivent, le
futur retournement de tendance lui permettra pratiquement toujours de
sortir dans de meilleures conditions. Cette précision
m'incite
à aborder les stops dits " de protection ".
La logique voudrait que les contrariens utilisent plus de stops que les
intervenants spécialisés dans le suivi de
tendance. En
effet, une position en contre-tendance peut engendrer de grosses pertes
si le marché ne s'inverse pas comme prévu et
poursuit sur
sa lancée. Pourtant, après avoir
réalisé de
nombreux tests, je n'ai rien trouvé de pertinent, ce qui me
conduit à ne pas croire en l'utilisation des stops
destinés à limiter les pertes dans cette
stratégie.
Après une prise de position, j'attends pendant quelques
séances pour savoir si j'ai raison ou non. Mon stop est en
fait
fondé sur l'observation des marchés dans les
jours qui
suivent. Ayant comme je l'ai dit, une grande fiabilité sur
mes
seuils de résistance et de support, je
préfère
prendre une petite perte si le mouvement que je prévoyais ne
se
déclenche pas dans la fenêtre de temps que je me
suis
fixée au départ. S'il m'arrive d'observer les
premiers
signaux de breaks de support, alors je coupe.
Les clients qui acceptent de prendre ces petites pertes sont
très rares. Il n'est pas évident pour eux
d'adopter cette
stratégie, même si les grands traders affirment
que la
différence sur le marché entre les bons et les
meilleurs
intervenants se fait dans la manière de gérer les
pertes.
Au final, je suis convaincu que le plus important est de choisir la
stratégie qui correspond le mieux à sa
psychologie. La
mienne est la même depuis le début de mes
activités
sur les marchés financiers.
Les taux de réussite vont également
dépendre de
ces différentes approches des marchés. En
règle
générale, plus un système intervient
à long
terme et moins les taux de réussite sont bons. Ceci est
dû
aux nombreux faux signaux apparaissant avant que ne se
déclenche
le bon mouvement. Pourtant, le long terme est la seule façon
d'être en position lors de gros rallyes.
À l'inverse plus on raccourcit l'horizon
d'investissement
et plus le taux de réussite doit être
élevé,
notamment pour compenser la fréquence des
opérations qui
accroissent les frais de courtage et de slippage, ce qui
réduit les gains finaux.
Je travaille avec de nombreux outils même si une technique
particulière compte pour 80% dans la décision du
choix
des seuils d'achat et de vente.
Ne pas sous-estimer la difficulté du jeu de Bourse
Ce qui est étonnant sur les marchés financiers,
c'est que
des individus, qu'ils soient investisseurs particuliers ou
gérants des plus grosses SICAV, soient capables de se
laisser
parfois aveugler complètement. Citons l'exemple de Yahoo qui
ne
possède rien en dehors d'un carnet d'adresses et d'un nom
qu'il
faut rentabiliser. Pendant un certain temps, personne n'a
été choqué par la valeur de Yahoo, dix
fois celle
de Boeing qui pourtant fabrique des avions !
Assurément, la difficulté en Bourse est d'acheter
lorsque
plus personne ne veut y aller, voire même, surtout, lorsque
la
planète financière entière souhaite
quitter le
navire… Avoir raison trop tôt peut
également
détruire l'investisseur. Tout ceci est un jeu subtil !
S'en remettre au hasard en adoptant une stratégie simple
d'achat
et de conservation des titres, provoque
régulièrement des
périodes de pertes de l'ordre de 20%. Alors qu'au cours des
trois années 2000, 2001 et 2003, les occasions de gains
à
l'achat ont été très
réduites et surtout
peu rémunératrices. Les pertes potentielles de
cet ordre
ont été fort nombreuses. Par moment, il faut donc
être prêt à affronter des situations
durablement
difficiles si l'on adopte cette technique.
Les espoirs de gains doivent être proportionnés
aux
risques de pertes acceptées. En principe, ils doivent
représenter deux fois ce qu'un investisseur est
prêt
à perdre. Avec l'expérience, je trouve ce
principe
très juste.
Stratégie de jeu
Le principe de la spéculation ressemble un peu à
celui du
golf. Il s'agit dans les deux cas de mettre au point les bonnes
stratégies de jeu. Vaincre les difficultés repose
à la fois sur la maîtrise de
compétences techniques
spécifiques autant que psychologiques, comme pour tout sport
d'adresse d'ailleurs. Le meilleur golfeur doit d'abord être
fort
dans sa tête… et ce n'est pas un hasard si le "
coaching "
sportif prend de nos jours une telle importance.
Pour mieux comprendre la métaphore, voici quelques
détails techniques concernant le golf. Le club attaque la
balle
lors d'un drive (coup de départ) avec une force
équivalant au poids d'une tonne. La balle a une vitesse de
départ supérieure à 300 km/h., et peut
parcourir
dans des conditions idéales, plus de 220 mètres,
même pour un joueur débutant !
En conséquence, vue la distance parcourue, la moindre erreur
de
placement du corps, même de quelques millimètres,
peut
provoquer lors du swing une erreur latérale de plusieurs
dizaines de mètres à l'arrivée. En
faisant
intervenir trois cent soixante muscles, le mouvement du swing
composé d'une rotation du bassin, des épaules et
des
bras, est l'un des plus complexes de tous les sports ; seul un timing
parfait entre ces trois rotations pourra apporter précision
et
distance.
Outre l'adresse technique, le golf sollicite manifestement le
côté psychologique du pratiquant. Envoyer une
balle dans
un couloir de quelques mètres de large sur une longue
distance
peut sembler facile, surtout sans enjeu. Mais dès qu'il
devient
important, un simple écart de quelques
millimètres en
position de départ du swing par rapport à
l'idéal,
infime erreur accrue par le stress des émotions, peut
entraîner au final une déviation de
plusieurs
dizaines de mètres et la perte probable d'un coup.
Un parcours de golf comporte dix-huit trous. Faire un parcours peut se
comparer à une année d'investissement boursier.
Un trou
manqué influe sur le score final ; il est donc inutile de
faire
les plus beaux premiers trous du parcours si par la suite il y a des
ratés dans la progression. Le score golfique est
très
difficile à faire baisser (un score très bas est
la
marque des bons joueurs), mais très facile à
faire monter
avec un mauvais drive, une mauvaise approche ou un petit tour dans le
bunker. La moindre erreur se paye cash… comme en Bourse !
Dans l'investissement c'est exactement la même
chose…
Alors qu'une gestion sans faille a été
réussie
sans difficulté pendant plusieurs dizaines
d'opérations,
un stop mal placé ou une position mal
gérée
peuvent remettre en cause toute la performance d'une année
de
gestion... Le trading est totalement ingrat !
L'indice de référence
Que souhaitent vraiment les investisseurs ? C'est
à
nouveau un problème de perception et de choix. Ne vaut-il
pas
mieux gagner peu et régulièrement en investissant
différemment, que de suivre l'indice CAC en reproduisant sa
performance avec les risques y afférent tels que ceux que
l'on a
pu connaître dans un passé proche quand, pendant
trois
ans, on a pu observer une chute de 60% par rapport aux plus hauts
historiques ?
Comment battre l'indice ? Soit en utilisant un effet de levier
supérieur, soit en tentant d'acheter et de revendre
à
court ou à moyen terme, de manière à
éviter
les marchés baissiers, accumulant ainsi des performances qui
soient positives par rapport à celle du CAC 40.
Le problème avec le principe de pondération des
indices
comme celui du CAC 40 en France, tient à la
présence de
quelques valeurs qui ont des tailles disproportionnées par
rapport aux autres titres. Les dix premiers représentent
plus de
la moitié de la capitalisation du CAC, et la
première
valeur, souvent plus de 15% de l'indice.
Outre la taille relative, la pondération d'un titre varie
chaque
jour en fonction de ses cotations. Il existe des milliards d'euros
placés dans les fonds indiciels qui doivent
régulièrement ajuster le poids des valeurs dans
leurs
portefeuilles de manière à reproduire
fidèlement
les performances de l'indice CAC. Si un titre monte (plus que le
marché), alors sa pondération dans l'indice
grandit. Pour
y rester exposé, l'investisseur doit en acheter plus, ce qui
entraîne de nouvelles hausses dans le vide. Exemple, quand
France
Télécom est rentré dans le CAC 40 avec
une
pondération de 6%, avant d'atteindre 16% pour retomber
à
6%. Ainsi, l'indice de référence provoque ou
accompagne
des fluctuations amples sur les cours des actions sans qu'il y ait de
véritable logique en rapport direct avec la situation
économique réelle des entreprises.
Afin d'annuler cette distorsion, je calcule tous les jours un indice
sur le SBF120 non pondéré . Il n'a pas
vocation
à être plus juste, mais en le comparant au
quotidien, avec
l'indice pondéré, les écarts obtenus
peuvent
mettre en lumière des variations un peu anormales des titres.
Dernier point concernant l'indice de référence
CAC. Si un
portefeuille est équilibré pour éviter
le risque
probabiliste, il est alors quasiment impossible d'éloigner
sa
performance de celle du CAC. Pour s'en convaincre, il suffit de
réaliser un tirage aléatoire de 20 sur le SRD ou
le
SBF120 et de comparer leurs performances à celle de l'indice
sur
une période de 6 mois par exemple. De manière
générale, les résultats sont
très proches
et les portefeuilles qui s'en écartent de manière
positive sont très peu nombreux. Par exemple pour ces
derniers,
si le hasard les dotait de valeurs d'un secteur performant, cela
pourrait les conduire à obtenir malgré
tout de
bonnes performances, mais il ne s'agirait encore une fois, que de
l'exception qui confirme la règle.
La principale explication à ce constat ne peut
guère
être attribuée à autre chose que le
seul fait
du hasard qui donnerait par exemple, un nombre de titres
important d'un secteur performant à un portefeuille.
L'indice et Wall Street
Si les marchés américains enregistrent un gros
décalage entre leur ouverture à 15h30 et la
clôture
du CAC 40 à 17h30, Paris suit le mouvement. Seules les plus
grosses capitalisations sont acquises par les investisseurs,
probablement parce qu'il est plus facile pour les gérants
d'acheter des paniers et de trouver du volume sur les plus
grosses valeurs. Souvent dans ces circonstances, on obtient un
écart important entre la performance du CAC et l'indice SBF
non
pondéré que j'utilise. Le lendemain matin, en
règle générale, les gérants
procèdent à un équilibrage en
ramassant des titres
beaucoup plus petits en termes de capitalisation et pour lesquels il
faut plus de temps pour trouver une contrepartie.
J'ai aussi observé que si la séance
américaine du
jour n'est pas trop agitée et n'entraîne pas de
nouveaux
décalages, alors l'indice SBF non
pondéré
surperforme dans les mêmes proportions la sous-performance
qu'il
avait enregistrée la veille.
À titre d'exemple, le 14 février 2003, le CAC 40
fait un
rallye de dernière heure et termine à 2,6% de
hausse. Le
CAC 40 non pondéré quant à lui, se
contente de
1,9% et le SBF non pondéré de 0,68% ! Autre
exemple, le
27 février, on observe un rallye en fin de
journée : le
CAC 40 enregistre plus de 2% de hausse contre 0,95% sur le SBF non
pondéré.
Mise fixe ou capitalisée
Lorsqu'un système de trading teste des règles
d'achat et
de vente, toute la question est de savoir si le modèle
conserve
la mise initiale, par exemple 10 000 € par
opération, ou au
contraire s'il utilise les gains et pertes
précédents au
signal suivant ?
En fait, le choix repose sur la répartition du hasard et la
régularité des taux de réussite. Si
les
résultats sont très réguliers, alors
le
système de capitalisation qui consiste à
réinvestir après chaque opération le
produit ou la
perte précédente en plus du capital initial,
devient
nettement plus productif. En revanche, si les taux de
réussite
sont irréguliers et pas très
élevés, il n'y
a pas beaucoup d'intérêt à s'interroger
sur le
choix investissement capitalisé ou investissement
à
mise fixe, car les résultats finaux avec les deux formules
seront assez proches.
Par exemple, si je gagne, +5%, puis +2% et enfin +4%, j'obtiens 11% de
gains avec une mise fixe. Avec la formule capitalisée, je
gagne
11,4% puisque 5%*2%*4%. Autre exemple, si je gagne +2%, +20%, +2%,
+20%, au final, j'obtiens 44% avec un investissement à mise
fixe
contre 50% avec un investissement capitalisé.
En revanche, si je gagne +4%, -3%, +2%, +5%, j'obtiens en mise fixe 8%
et 8,04% en mise capitalisée.
Donc, pour que la capitalisation s'exprime, il faut un nombre important
d'opérations et une grande régularité
des
résultats. Si à ce sujet, sur le court terme,
disons 6
mois, le choix entre les deux modes n'est pas vraiment important, il en
va tout autrement sur le long terme. En effet, avec 8, 10, voire 15 ans
de cotations et plusieurs centaines de signaux, une mise
capitalisée comparée à une mise fixe
fait
apparaître des écarts très importants.
À
titre d'illustration, dans un des systèmes
présentés dans ce livre, 500% de gains en mise
fixe
deviennent 10 000% quand cette même mise est
capitalisée !
La formule non capitalisée pose aussi des
problèmes,
car, que faire en cas de pertes ? En effet, si j'ai 100 au
départ et que je perds 10 alors il me reste 90. Dois-je
continuer à investir 90 ou 100 ? Dans le cas d'un
système
de trading qui ne capitalise pas, on lui dit j'ai 100, j'investis 100
et quel que soit le résultat, je réinvestis 100
alors que
je ne les ai plus… C'est la raison pour laquelle les
logiciels
de type Tradestation, raisonnent non pas sur la somme à
investir
mais sur le " deposit " d'un compte.
En revanche, lorsqu'on travaille sur les actions et donc a priori en
payant les titres au comptant, il n'est plus possible de continuer
à investir 100 après avoir perdu 20% par exemple,
à moins de compenser en investissant avec effet de levier.
Voilà le problème de l'évaluation
d'une technique
d'investissement à mise fixe. Dans ce livre, nous
préciserons donc à chaque fois le mode de calcul
retenu
afin de pouvoir comparer ce qui peut l'être et ne pas induire
le
lecteur en erreur par un artifice statistique.


